Hello,
Difficile de trouver le temps pour traiter les résultats une fois revenu en plaine. Voici pour l'heure un des objectifs que je m'était fixé, relatif à l'utilisation du LHIRES sur des nébuleuses planétaire. Pour rappel, le LHIRES est un spectro initialement designé pour l'observation à haute résolution spectrale d'étoiles autour de la raie H-alpha (Be, symbiotiques,....), donc à priori pas du tout fait pour l'observation de NP faibles. Du fait de la haute résolution spectrale, la limite en magnitude des étoiles avec des temps de poses "normaux" et des instruments "normaux" tourne autour de 10-11. Là où les choses tournent en faveur des NP, c'est que celles-ci ont la particularité de ne pas émettre un spectre continu mais bien un spectre discret, le plus souvent dominant dans les raies H-alpha, [OIII], He, [NII],... Intuitivement, il est donc possible de détecter des NP dont la magnitude totale est bien plus faible que 10 ou 11.
Pour "essayer", j'avais tiré l'an dernier le portrait de M57 avec le LHIRES et la lunette de 130 depuis chez moi. J'en parle ici:
http://www.astrosurf.com/topic/162826-m ... nt-2307730 . On voit bien sur cette observation les émissions dues à l'azote ionisé une fois [NII] flanquées autour de l'émission H-alpha. L'autre chose est bien sûr la forme de ces émissions, qui renseigne sur la vitesse d'expansion de la NP. Mais ce qui m'avait intrigué c'est une trace très faible mais bien présente juste à gauche de la raie H-alpha, à environ 3A vers le bleu.
Pour cette mission estivale je m'était fixé comme objectif de détailler un peu plus cette trace fantôme, non seulement sur M57, mais éventuellement sur d'autres NP plus faibles... et d'identifier sa source. Malheureusement la météo pourr.. plutot capricieuse de la S29 n'a pas permi d'aller aussi loin que ce que je voulais, avec seulement deux nuits vraiment exploitables (sans voiles et/ou vent). Après un test négatif avec la 130 montée pour l'occasion (pour cause de lune+voiles), je suis passé au T500 et voici le résultat:
Pour la prise de vue: 15*600s avec le LHIRES + PlayerOne 585MM au T500. Le "bleu" est à gauche, le "rouge à droite". Les deux lignes de part et d'autre sont la signature d'une lampe de calibration au néon, j'y reviendrai dans un autre post. Attention que ce spectre (et les suivants) n'est pas corrigé des déformations géométriques inhérentes au LHIRES (tilt, slant, smile).
On voit bien la trace fugace , mais bien réelle de cette émission fantôme, à 3 A de l'émission H-alpha. Mais quid de sa nature? Hé bien après pas mal de recherche je suis tombé sur l'info qui m'a définitement fait abandonner l'idée d'une découverte fortuite

Il s'agit simplement de la trace de l'Hélium ionisé une fois à ~6560A, autrement dit une raie interdite [HeII]! Cette signature est encore apparemment assez peu étudiée, détectée seulement dans quelques NP. Ce qui est intéressant c'est que cette signature ne semble concerner que la partie centrale de la NP, et en plus physiquement un gaz d'Hélium dont la vitesse d'expansion est plus faible que l'hydrogène ou l'azote. Cela se voit bien: la trace d'HeII est plus étroite que celles du NII et H-alpha. Il faut que je creuse un peu plus pour comprendre où en est la Recherche à ce propos.
Après M57 j'ai voulu tester la capacité de détection du LHIRES sur des NP plus faibles. D'abord une autre NP très petite (5") mais plutôt faible avec 4 magnitudes de moins de M57: PK66-5.1.
La nébuleuse apparait plus ronde car plus petite et avec une vitesse d'expansion proche de celle de M57. Et bingo, on aperçois une légère trace de l'[HeII] sur la partie centrale de la NP. Bon ok c'est moins évident que pour M57. Mais même sans les yeux de la foi il semble bien y avoir quelque chose.
Et puis encore une autre NP: Minkowski 2-53
Là on n'aperçoit rien, mais c'est peut-être sous la limite détection. Cette NP est bien plus faible avec une magnitude globale proche de 15, et une taille autour de 20".
Au delà de la détection de cette trace de l'He II, il est clair que le LHIRES est une vraie machine à tirer des spectres haute résolution de NP faibles. Ici c'est fait au T500, mais ça fonctionne aussi avec des instruments plus petits: tant que les NP cibles sont des objects étendus, c'est le F/D de l'instrument qui compte! Le T500 permet ici d'étendre la NP le long de la fente du spectro, et donc de donner un peu plus d'info spatiale.
Simon